LE MONDE A-T-IL TOUJOURS SA PLACE POUR L'INNOCENCE ?

 

Par Edwige Mouaka


Une inquiétude qui grandit en silence

Il y a quelques années encore, les parents s'inquiétaient lorsque leurs enfants rentraient tard.

Aujourd'hui, certains s'inquiètent dès qu'ils ne répondent pas à un message.

Nous vivons dans une époque où la peur s'est installée dans les foyers sans faire de bruit.

Une peur discrète.

Une peur qui accompagne les parents lorsqu'ils regardent leurs enfants partir à l'école.

Une peur qui les accompagne lorsqu'ils prennent les transports, lorsqu'ils sortent avec des amis ou lorsqu'ils naviguent seuls sur Internet.

Parce que le danger n'a plus de visage unique.

Il peut se cacher partout.


Des drames qui se répètent

Chaque fois qu'un enfant disparaît, c'est tout un pays qui retient son souffle.

Chaque fois qu'un adolescent est victime de harcèlement, c'est une famille entière qui s'effondre.

Chaque fois qu'un jeune est agressé pour un regard, un téléphone ou un simple désaccord, nous avons le sentiment que quelque chose se dérègle un peu plus.

Les faits divers se succèdent.

Les noms changent.

Les histoires changent.

Mais les larmes restent les mêmes.


Une violence devenue ordinaire

Le plus inquiétant n'est peut-être pas la violence elle-même.

Le plus inquiétant est notre capacité à nous habituer à elle.

Nous regardons une vidéo choquante.

Nous nous indignons quelques minutes.

Puis nous passons à autre chose.

Comme si l'horreur était devenue un élément ordinaire du quotidien.

Comme si notre sensibilité s'usait peu à peu.


Quand les écrans remplacent les repères

Jamais une génération n'a été autant connectée.

Et pourtant, jamais autant de jeunes n'ont exprimé un sentiment de solitude.

Les écrans occupent une place immense dans leur vie.

Ils leur montrent le meilleur du monde.

Mais aussi le pire.

Ils exposent à la violence.

Aux humiliations.

Aux manipulations.

Aux faux modèles.

À la comparaison permanente.

À la pression de paraître parfait.

Certains jeunes passent plus de temps à chercher l'approbation d'inconnus qu'à construire leur confiance en eux.


Des prédateurs que l'on ne voit pas

Autrefois, les parents savaient où se trouvait le danger.

Aujourd'hui, il peut être invisible.

Derrière un profil.

Derrière un pseudonyme.

Derrière un écran.

Combien de familles ont découvert trop tard que leur enfant échangeait avec une personne mal intentionnée ?

Combien de jeunes ont été manipulés, menacés ou piégés par quelqu'un qui semblait digne de confiance ?

Le danger ne frappe plus toujours à la porte.

Il entre parfois directement dans les chambres.


Une génération perdue ?

La réponse est non.

Tous les jeunes ne sont pas perdus.

Heureusement.

Beaucoup sont courageux.

Travailleurs.

Respectueux.

Brillants.

Solidaires.

Mais ils grandissent dans un monde plus complexe que celui de leurs parents.

Un monde plus rapide.

Plus exigeant.

Plus brutal parfois.

Ils ont besoin d'être accompagnés davantage, pas abandonnés aux algorithmes et aux influences du moment.


Que sommes-nous en train de transmettre ?

La question n'est pas seulement de savoir ce que deviennent nos enfants.

La véritable question est :

Que leur transmettons-nous ?

Le respect ?

L'écoute ?

L'empathie ?

Le sens de l'effort ?

La responsabilité ?

Ou leur transmettons-nous une société où tout doit être immédiat, spectaculaire et sans conséquences ?


L'urgence n'est pas seulement de protéger

Nous voulons protéger nos enfants.

C'est normal.

Mais nous devons aussi les préparer.

Leur apprendre à reconnaître les dangers.

À développer leur esprit critique.

À respecter les autres.

À se respecter eux-mêmes.

À comprendre qu'un écran ne remplacera jamais une conscience.


Un appel à la vigilance collective

Nous ne pouvons pas tout attendre de l'école.

Nous ne pouvons pas tout attendre des autorités.

Nous ne pouvons pas tout attendre des réseaux sociaux.

La responsabilité est collective.

Elle appartient aux parents.

Aux éducateurs.

Aux institutions.

Aux médias.

Et à chacun d'entre nous.

Parce qu'une société qui cesse de prendre soin de ses enfants finit toujours par en payer le prix.


Une question qui mérite réflexion

La prochaine fois que vous croiserez un enfant dans la rue, regardez-le quelques secondes.

Demandez-vous dans quel monde il grandit.

Demandez-vous quelles valeurs il reçoit.

Demandez-vous ce que nous sommes en train de construire pour lui.

Car la véritable richesse d'une société ne se mesure ni à son économie ni à ses technologies.

Elle se mesure à la manière dont elle protège, éduque et prépare ses enfants à devenir des adultes capables d'humanité.

Et sur ce point, nous avons tous une part de responsabilité.


Et vous, pensez-vous que notre société protège encore suffisamment les enfants et les adolescents ? Partagez votre avis dans les commentaires.

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